Beaucoup beaucoup de choses a raconter depuis debut janvier. Je ne sais pas par ou commencer tellement la liste est longue. Sydney est maintenant loin derriere moi.
Quel plaisir de passer d'une vie sedentaire a une vie de nomade. A certains moments, je me demande si ce n'est pas ca la vraie vie un peu comme les escargots poser sa coquille quelque part avant de repartir de plus belle.
Je devais rester trois mois a sydney mais j'ai finalement abrege d'un mois pour bouger un maximum avant mon retour.
De tout maniere je n'ai jamais aussi peu parle anglais a sydney devenant peut etre meme plus mediocre qu'avant mon depart de paris c'est pour dire la
catastrophe. J'ai donc embarque avec un belge marco, un mec avec qui j'avais bien accroche a sydney et qui me faisait rire avec ses expressions belges.
On a rejoint a Melbourne Greg avec qui j'avais passe de bons moments a Brisbane. Lui c'est plutot vie a la ramasse dormant dans sa voiture et se douchant dans les stations Esso.
Certains le prennent pour un dingue quand il recharge dans les chiottes des stations essence ses appareils electroniques sous l'oeil agard des clients. On a donc embarque pour sheparton une ville agricole a environ 150 km au nord de Melbourne.
A Sydney j'ai connu la fete, la luxure, l'amour et les soirees arrosees
A sheparton j'ai connu la chaleur, la souffrance, la soif et l'isolement
La majorite des voyageurs comme nous partent faire du fruit picking mais en arrivant dans ce bled la premiere question fut MAIS OU SONT PASSES TOUS LES JEUNES VOYAGEURS? C'est comme si on avait debarque dans un
monde parralele.
La cerise sur le gateau fut notre camping 5 etoiles grand standing. Un sorte de refuge pour les anciens taulard, les forcats du travail ou toute sorte de refugies politiques, un endroit ou jean valjean aurait vecu heureux, ou l'on rencontre des gens bossant depuis 10-15 ans dans la cuillette de fruit sillonnant le pays et les fermes comme s'il fuyait un passe obscur. Des les premieres heures un Turc au regard malicieux vient nous proposer du boulot pour 6 mois minimum. On fait nos mijores, on elabore des tactiques pour bosser le plus possible, alors on refuse en esperant trouver mieux que cette proposition douteuse. Finalement apres deux jours de masturbation intellectuelle a visiter les fermes sans rien de concret, on decide de passer a l'action et de bosser pour cette mafia russo-turquo-serbo-croate. Premier jour grosse chaleur on essaye de la jouer fine et d'utiliser nos differentes tailles pour cueillir des prunes. Le petit Marco en bas, moi poste au milieu avec mes bras d'albatros et Greg en haut de l'echelle a jouer les voltigeurs.
Un vieux russe dit 'l'oeil de moscou' nous surveille de temps en temps nous demandant de traiter ses fruits avec respect et delicatesse.
Resultat de nos techniques on fait beaucoup moins proportionnellement qu'un australien tout seul ou que les deux jeunes soudanais travaillant en pull par 40 degres. La deception est de mise surtout vu la sueur et l'energie depensee dans cette fournaise. L'expression paye pour des prunes prend tout son sens. Puis apres la cueillette on nous demande de deplier des baches blanches pour faire blanchir les peches. La chaleur fait reverbation sur cette putain de bache blanche, en plus il faut planter des clous dans la terre seche, J'ai l'impression de me crucifier psychologiquement. A la fin de la journee on est peu amer et l'ambiance surealiste du camping n'arrange pas les choses. On essaye de se remotiver en se repetant qu'on a au moins ce boulot, que d'autres galerent et n'ont rien. On repart pour une seconde journee.
Au petit matin tout va bien, planter des clous dans ces baches devient presque facile dans la fraicheur matinale. On nous montre des araignees veneneuses le genre de bestiole qui vous clout au lit par 40 de fievre. Puis changement d'activite un peu comme au club Med sauf que le Go est notre vieux russe qui nous traite de tapette toute la journee.
Debroussaillage et taillage au programme c'est a dire qu'on se faufile entre les arbres dans une sorte de mini-jungle pour couper des branches, arbustes et mauverses herves. Rassurant quand on vous dit juste avant que c'est mine de red backs une espece d'araignees mortelles en Australie. L'oeil de moscou se fait de plus en plus pressant, il repete qu'il n'a jamis vu une pareille bande de bras casses. Chacun essaye d'avancer dans sa jungle et il apparait brusquement derriere nous comme un eclair pour tout devaster sur son passage en criant que finalement il pourrait faire tout le boulot lui meme.
A la fin de la journee et dans la chaleur infermale je ne sais plus ce que je coupe, tout est flou, la sueur me brule les yeux. On apprend que les journees suivante seront plus chaudes, 45 degres d'attendu au barometre. Cette perpestive nous glace, on dit au Mussolini qu'on est pris autre part.
S'ensuit une longue periode de latence ou le moral n'est pas au beau fixe. On est dans un camping de dingue ou les red backs barbottent dans la pisicne. On ne sait plus sur quel fruit bosser. Les pommes sont mines de serpent, les peches donnent le pesto, les tomates flinguent le dos...Finalement la prune c'etait pas si mal. Puis j'apprends qu'une copine a Melbourne est partante pour aller en nouvelle zelande.
Cette perpestive de fraicheur me laisse reveur, c'est decide. je repars a Melbourne la rejoindre pour partir au frais. Voila ce fut une experience d'une semaine dont je me rapellerai tres tres longtemps. Ca restera quand meme un sacre souvenir car on a pas mal delire sur notre sort prenant tout ca avec ironie. Le courant ne passait pas mal entre nous trois solidarite oblige. Quelques jours apres mon depart j'appris que mes deux equipiers se tappaient sur la gueule car marco chapardait des fruits a greg pendant les recoltes. Je ne rentrerai pas dans les details meme c'est pour dire comme l'atmosphere a sheparton peut etre explosive...